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Dossier : Européennes - Lisons les programmes !

Jeudi 23 mai 2019 à 15h22
Catégories : Communiqués, Europe, Fédération LGBT, France, Revue de presse

Le 26 mai, les citoyennes et les citoyens auront le choix entre 34 listes pour désigner leurs représentant·e·s aux élections européennes. La Fédération LGBTI+ livre son évaluation de la situation à la lecture des programmes des candidat·e·s.
 
Deux critères nous semblent importants. D’une part, la prise en compte des minorités sexuelles et de genres. D’autre part (pour les listes favorables à l’amélioration de la condition des personnes LGBTI+), la prise en compte des droits des personnes demandeuses d’asile et réfugié·e·s (dans la mesure où cela impacte la condition des personnes LGBTI+ en situation de demande d’asile). La question du Règlement Dublin III nous semble fondamentale. Nous aurions pu évoquer la lutte contre le VIH/SIDA, mais les prises de position sur les questions de santé sont décidément rarissimes…
 
Notons également que les politiques économiques ont un impact fort sur les populations LGBTI+ les plus discriminées. De même, le respect des libertés individuelles par les États et leurs organes (forces de l'ordre, Justice, administrations) concerne les personnes LGBTI+ encore davantage que la population générale en tant que minorités plus exposées aux répressions.
 
  • Un florilège de haine ou d’indifférence
Tout d’abord, force est de constater la multiplication des listes qui, sur le fond, partagent des idées semblables sur de nombreuses questions (comme Les Républicains et le Rassemblement National). À leur suite, nous ne comptons pas le nombre impressionnant de listes néonazies, racistes, xénophobes et/ou homophobes et transphobes. Sans jamais parler du droit d’asile comme un droit fondamental, ces listes se sont fait une profession de foi de stigmatiser les personnes étrangères, à mille lieues de l’esprit de la Convention de Genève (née suite aux drames de la Seconde Guerre Mondiale).
 
Nous ne comptons pas non plus le nombre des listes de "témoignages", sans programme ou aux programmes flous sur ces questions. Même si nous ne doutons pas que certaines listes soient des "allié·e·s" potentiel·le·s (comme le Parti Pirate, À voix égales ou Lutte Ouvrière), la moindre des choses eût été de produire un programme lisible, complet et avancé.
 
Nous souhaitons présenter notre analyse de ces programmes qui portent des propositions positives sur les questions LGBTI+ et qui traitent du droit d’asile au niveau de l’UE. Sept listes – c’est peu – ont décidé de prendre position.
 
Bien sûr, cette analyse pourrait être approfondie et nuancée. D’une part, parce qu’il y a des nuances qui justifient une lecture in extenso des programmes. D’autre part, parce que les propositions ne sont pas toujours exemptes de démagogie (vu le faible poids du Parlement européen dans les institutions européennes) !
 
  • Quelques programmes complets et avancés
Sans surprise, cinq de ces listes sont classées à gauche : Europe-Écologie les Verts, le PCF, la France Insoumise, Génération.s, la liste PS-Place Publique. Ces cinq dernières listes se prononcent pour des formes de reconnaissance des couples et des familles homoparentales dans l’ensemble de l’UE.
 
Dans notre classement, le PCF, EELV et la France Insoumise sont incontestablement les programmes les plus complets et les plus avancés sur les questions LGBTI+.
 
Fait intéressant, ces trois listes se prononcent pour l’interdiction des mutilations sur les enfants intersexes (quoique EELV soit contre les interventions « non-nécessaires », ce qui pose question). Chacune de ces trois listes a son "petit plus" : la France Insoumise pour sa « directive globale » contre toutes les discriminations, le PCF pour sa proposition en faveur de la PMA pour tou·te·s en UE refusant d’en exclure les personnes transgenres, EELV pour son programme très étayé. Le PCF et la France Insoumise font explicitement le lien entre droits des personnes LGBTI+ et le droit d’asile. Chacune de ces trois listes pourrait mériter également son petit bémol. Mais vu le contexte, leurs positions tranchent suffisamment pour être toutes les trois citées en exemple.
 
 
Le PS-Place Publique et Génération.s ont des programmes globalement favorables aux personnes LGBTI+ et aux personnes en situation de demande d’asile. Les propositions sont complètes mais moins avancées sur le fond, et plus "tièdes" sur la forme. Elles relèvent donc de pétition de principe.
 
Gros bémol toutefois dans la lutte contre la transphobie, souligné par l’Association Nationale Transgenre : aucune liste ne demande l’application au sein de l’UE des principes de la Résolution 2015-2048 de l’Assemblée Générale du Conseil de l’Europe, alors qu’il s’agit d’un texte de référence très simple à "importer" dans le droit européen.
 
  • Vous vouliez voter LaREM ?
Quant à la Liste Renaissance de LaREM, son programme est limité mais aussi peu avancé sur les questions LGBTI+, se contentant d’une « directive anti-discriminations ». Mais comment y croire ?
 
Nous avons beaucoup de bémols à opposer :
- vu le faible engagement de LaREM pour la PMA pour tou·te·s dans l’Hexagone, alors qu’il s’agit d’un cas avéré de discrimination ;
- vu le refus de sanctionner Agnès Thill à l’Assemblée nationale pour ses positions homophobes ;
- vu le maintien du statu quo sur le changement d’état civil ;
- vue la petite bande dessinée de la tête de liste Nathalie Loiseau, qui considère que l’homophobie en Pologne est un élément à relativiser au regard de la « diversité » en Europe ;
- vu le soutien de Laurent Hénart, président du Parti Radical, opposant à la PMA pour tou·te·s et à l’éducation contre les LGBTIphobies (depuis 2014) ;
cela fait beaucoup !
Au surplus, ses propositions sur le droit d’asile sont dangereuses : LREM propose la création de « Centres d’examen des demandes d’asile dans les pays exposés », en vue de « réduire les délais » et d’accélérer les reconduites à la frontière.
 
LREM poursuit donc des politiques, engagées au niveau national par la « Loi Asile et Immigration », qui conduisent de fait à faire reculer l’effectivité du droit d’asile pour les personnes LGBTI+ en Europe. Le primat de l’efficacité sur l’effectivité des droits fait peser un réel risque sur les personnes LGBTI+ persécutées dans leur pays d’origine.
 
Nous sanctionnerions donc bien LaREM pour son indifférence aux drames qui se jouent dans le cimetière de la Méditerranée et pour son manque d’engagement sur les valeurs européennes de solidarité.
 
A contrario, le Parti des Citoyens Européens fait des propositions limitées mais étonnamment avancées, et surtout claires, sur les questions LGBTI+ ! Outre la reconnaissance des couples légalement reconnus dans toute l’UE et des familles homoparentales, cette liste propose le changement d’état civil libre et gratuit, sur simple déclaration en mairie ! Cela mérite d’être pointé car c’est l’une des revendications centrales du mouvement LGBTI+ (dont aucune liste classée à gauche ne parle pourtant clairement).
 
Sur le plan de l’asile, ce parti souhaite pour ainsi dire fédéraliser le droit d’asile, en en faisant une compétence exclusive de l’UE. Sur un continent où les États semblent incapables de se mettre d’accord sur une politique raisonnable, c’est une proposition certes radicale mais à double tranchant, surtout dans un contexte politique continental marqué par des tentations de plus en plus fortes à la stigmatisation des personnes de nationalité extra-européenne. L’inquiétude exprimée à l’égard des morts en Méditerranée nous rassure néanmoins sur son adhésion aux valeurs européennes.
 
Quitte à s’engager pour une « renaissance européenne », mieux vaut donc choisir PACE à LaREM.
 
Nous ne faisons pas grand cas de la surprenante mesure d’Allons Enfants, qui ne propose rien en faveur des droits des personnes LGBTI+, sinon de ne pas exclure les personnes transgenres d’accéder à leur mesure en faveur de la gratuité des protections hygiéniques. Même si nous accueillons la remarque avec bienveillance, il y a visiblement là un peu d’amateurisme...
 
  • L’Europarlement assiégé par les haineux
Nous le savons, les listes friendly ne seront probablement pas nombreuses à passer au-dessus de la barre des 5 % (condition pour accéder au Parlement). Une majorité de parlementaires LGBTIphobes ou xénophobes rejoindra donc le Parlement européen. Cet éparpillement des voix qui refusent la haine anti-LGBTI est une aubaine pour les homophobes et les transphobes qui n’auront que des oppositions faibles.
 
Pour autant, nous sommes convaincu·e·s que l’acceptation des personnes LGBTI+ est majoritaire au sein de l’Union européenne. Cette situation n’est donc pas représentative des opinions des peuples d’Europe, majoritairement favorables aux personnes LGBTI+ et hostiles à l’homophobie et à la transphobie. Si les élu·e·s avaient la décence d’exposer au public la réalité des vies des personnes en situation de demande d’asile, au lieu d’en parler comme de simples flux, tout·e Européen·ne s’opposerait aux politiques européennes en matière d’asile !
 
 
Pour s’assurer que les homophobes et les transphobes soient contesté·e·s au Parlement européen, il importe de donner du poids aux listes friendly. L’abstention ne peut en aucun cas être la solution. Nous appelons donc à ce que chaque citoyen·ne exerce ses droits civiques et aille voter, ou non, mais en conscience.
 
 
 
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La Fédération LGBTI+ est une association politique mais non partisane. Ce dossier n'a pas vocation à donner une consigne de vote mais à encourager les personnes qui voteront à prendre en compte la défense des droits humains des personnes LGBTI+ dans leur vote.
 
 
 
Contact presse :
- Antonin Le Mée, président
- Kévin Galet, porte-parole
- contact@federation-lgbt.org


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